Est-ce que je veux vraiment cette vie ?
« Être à la hauteur d’un parent accompli est un challenge. Mais encore, tracer son propre chemin est aussi un véritable challenge. Serai-je à la hauteur ? Et puis, est-ce que je veux vraiment cette vie ? Quels sont mes réels désirs ? »
Les études se sont enchaînées avec les bonnes mentions, le poste ou le diplôme qui suit est déjà en vue, l’entourage professionnel est stimulant. Tu voyages, tu entretiens tes amitiés, tu prends soin de ton corps et de ton image. Rien, objectivement, ne cloche.
Et pourtant, une phrase revient, souvent au moment le plus inattendu comme en pleine nuit, pendant un trajet en voiture ou lorsqu’on te demande ce que tu comptes faire après ton MBA : « Est-ce que je veux vraiment cette vie ? ».
Cette question s’installe sans qu’aucun événement précis ne l’ait déclenchée, et refuse de repartir aussi vite qu’elle est venue. Tu aimerais pouvoir la rattacher à une déception, un échec, un incident. Mais elle ne s’appuie sur rien de tel. Elle est simplement là, au-dessus d’une vie qui fonctionne. Une réussite bien exécutée laisse rarement le temps de s’arrêter pour se demander si elle a été choisie. La question apparaît parce qu’il est enfin temps de la poser. Voyons ensemble comment y répondre.
Pouvoir réussir et vouloir cette réussite : deux choses que l’on confond
Il existe une confusion, si commune qu’elle en devient presque invisible, entre le fait d’être capable de réussir dans une trajectoire précise et le fait de vouloir la vie qui vient avec cette trajectoire.
Tu as été préparé à une trajectoire depuis l’enfance. Par l’éducation reçue, par les modèles observés à table, par les attentes formulées ou simplement sous-entendues. À force, l’aptitude est devenue réelle : tu excelles dans un rôle que tu n’as, à proprement parler, jamais choisi. C’est-à-dire que tu n’as pas choisi ce rôle ou cette trajectoire en ayant sérieusement envisagé autre chose.
Ensuite, vouloir une certaine vie suppose que l’on se voit bien vivre avec les avantages et inconvénients de celle-ci et en être pleinement épanoui. Lorsque tu te demandes si tu veux vraiment la vie dans laquelle tu es déjà lancé.e, évites toute réponse rapide, sécurisante, qui vient couper court à l’inconfort que la question amène. Qu’on se le dise, ce n’est pas une question aussi simple car elle impose un choix qui a des répercussions sur nos relations avec la famille.
Capacité VS Choix intentionnel
Voici quelques questions permettant de commencer à démêler ces deux fils :
- Si cette trajectoire n’avait jamais été évoquée par ta famille, l’aurais-tu choisie toi-même ?
- Ce qui t’attire dans cette vie ? Est-ce la vie elle-même, ou le prestige qu’elle procure une fois obtenue ?
- Quand tu t’imagines continuer ainsi pendant les vingt prochaines années, ressens-tu un élan de passion ou une forme de résignation confortable ?
Il n’y a pas de bonne réponse à ces questions. Il y a seulement des réponses honnêtes, et des réponses qui arrangent.
Parlons de la place de tes parents dans ce choix
Lorsque tu te demandes « est-ce que je veux vraiment cette vie ? », rien, dans cette réflexion, ne t’oblige à remettre en cause l’amour ou l’investissement de tes parents. J’aimerais que ceci soit clair. La plupart du temps, ils ont donné ce qu’ils avaient de mieux à donner : des moyens, un réseau, une exigence, parfois leur propre expérience du manque transformée en volonté que tu n’aies jamais à connaître ce même manque.
Ce qui est examiné, ici, est la confusion progressive entre amour, gratitude et loyauté. Cette question t’amène à peser d’un côté obéissance et validation et de l’autre, auto-determination et épanouissement. Chaque côté de la balance peut mener à la réussite comme à l’insatisfaction. C’est pourquoi il n’y a pas de bon ou mauvais choix par défaut. Tout dépend de ce qui t’importe le plus.
Tiens, si tu choisissais une trajectoire différente de celle que tes parents ont préparé pour toi, qu’est-ce que tu aurais réellement peur de perdre ?
La réponse honnête est rarement « ma carrière ». Elle ressemble davantage à : le regard de mon père quand il me présente. La certitude d’avoir une place claire dans la famille. La fierté que je lis sur le visage de ma mère à certaines occasions. Ce ne sont pas des peurs illégitimes. Ce sont des peurs qui parlent de relation familiale, de la place que tu accordes à tes parents contre celle que tu t’accordes dans ta propre vie. Il est essentiel de savoir qui des deux domine et dicte, en réalité, tes choix.
Être à la hauteur d’un parent accompli : challenge
Lorsque l’un de tes parents constitue une référence de réussite, une autre question s’installe, plus lourde encore : « serai-je à la hauteur ? ». Elle pousse souvent, sans qu’on s’en rende compte, à reproduire un parcours plutôt qu’à s’en inspirer pour réussir son propre parcours.
Ce que tu admires chez un parent accompli n’est presque jamais le détail de son parcours. Ce que tu admires, c’est ce que ce parcours a fini par représenter : une forme de liberté conquise, une influence réelle, un impact reconnu, une sécurité durement bâtie, une contribution qui dépasse sa propre existence. Ces qualités-là ne sont la propriété exclusive d’aucun chemin en particulier. Elles peuvent s’incarner ailleurs, autrement, par une voie qui n’a pas encore de précédent dans ta famille.
Distinguer le parcours de ce qu’il représente change profondément la question. Au lieu de « comment refaire ce que mon père ou ma mère a fait », tu te demanderais plutôt « comment incarner, à ma manière, ce que j’admire réellement chez cette personne ». La première question enferme dans une comparaison qu’on ne peut jamais tout à fait remporter, puisque tu ne seras jamais totalement ton père ou ta mère. La seconde ouvre un chemin qui t’appartient et que tu peux façonner entièrement.
Mais encore, tracer son propre chemin : challenge
« Quelle vie, quelle contribution, quelle ambition ai-je réellement envie de construire ? » Cette question se pense en termes de direction, de valeurs et de manière de vivre. Parce que ne pas choisir une trajectoire toute tracée pour toi revient à en tracer une nouvelle en partant de zéro. Et ce n’est pas une mince affaire. Tracer sa propre voie demande de trancher de manière intentionnelle sur une succession de questions existentielles. On dit « trouver sa voie » par abus de langage mais une direction ne se trouve pas. Elle se construit, par une suite de choix conscients. Avec bien sur une part incontrôlable liée au destin de chacun.
J’en parle plus en détail dans ces articles pour enfin se trouver. Prends le temps de les consulter. Ils pourraient t’aider à progresser dans ta réflexion pour clarifier tes réels désirs.
Clarifions les choses
Il serait plus rapide et facile de te proposer un quiz ou test qui te dirait en 4 minutes quels sont tes réels désirs. Si tu peux comprendre que ‘facile et rapide’ n’est pas souvent la meilleure route quand il s’agit de choix de vie, alors, tu pourras résister à cette envie de prendre un raccourci dans ta réflexion. Voilà plutôt ce que je te propose : réponds à ces questions avec une honnêteté totale.
- Quel métier ou lifestyle choisirais-tu si personne, autour de toi, ne risquait d’être déçu par ta réponse ?
- Que choisirais-tu si i tu savais, avec certitude, que tu pourrais réussir plusieurs trajectoires différentes ?
- Identifie ce que tu souhaites réellement conserver de ce que ta famille t’a transmis, et ce que tu souhaites, au contraire, construire différemment, à ta manière.
- Enfin, distingue dans ta semaine actuelle ce que tu fais parce que tu le veux véritablement, de ce que tu fais parce que cela semble être la chose à faire.
Si tes réponses te paraissent trop déconcertantes, c’est normal. Toute première fois peut être surprenante. Cette comparaison indique de quel côté chercher, sans prétendre avoir déjà trouvé.
Trois façons honnêtes de se situer
À ce stade de la réflexion, trois positions se dessinent et aucune n’est supérieure aux deux autres. Ce qui les distingue n’est pas leur mérite respectif, mais le degré de conscience avec lequel elles sont assumées.
La première
Tu as réellement réfléchi, et tu souhaites continuer sur la voie qui a été tracée pour toi. Ce choix peut être pleinement personnel, même s’il provient à l’origine de ta famille. Tu assumes pleinement tout ce que cela implique (pression, gloire, revers etc.)
La deuxième
Tu souhaites tracer ta propre voie, et tu sens qu’une certaine distance d’avec la vision de tes parents t’est nécessaire pour retrouver un véritable espace de décision personnelle. Cette distance n’a rien d’une rupture à glorifier ; elle est parfois simplement la condition provisoire pour entendre ta propre voix sans qu’elle ne soit couverte par une autre, aussi chérie soit-elle. N’empêche que tu souhaites négocier stratégiquement ton émancipation afin de préserver au mieux les liens familiaux.
La troisième
Tu souhaites tracer ta propre voie mais il existe déjà de fortes tensions entre tes parents et toi. Donc, tu sais que cette décision envenimera les choses. Toutefois, tu es prêt.e à franchir le cap pour te reconstruire plus solidement et t’épanouir. Ce que tu aimerais, c’est un soutien émotionnel et stratégique qui te permette de t’affirmer avec tact, tout en limitant la cassure dans tes liens familiaux.
Que faire ensuite maintenant ?
C’est simple ! Clique juste sur la phrase la plus jute pour toi. Mais attention, tu ne peux choisir qu’une seule fois.

Time's up
Clarifier ses réels désirs est un pas inévitable à franchir lorsque l’on souhaite mener une vie taillée pour soi.


